
Assise sur mon ballon de yoga sur le balcon à Strasbourg, je regarde les cigognes passer au loin en me demandant comment mon corps va bien pouvoir laisser passer ce bébé. On est en plein mois de juillet, la chaleur est lourde, presque poisseuse, et chaque mouvement me demande un effort surhumain. Mais là, tout de suite, ce n'est pas mon dos qui m'occupe l'esprit, c'est cette zone dont on ne parle jamais vraiment avant d'être enceinte : le périnée. Ce petit hamac de muscles qui porte tout depuis des mois et qui va devoir, d'ici peu, faire preuve d'une élasticité que j'ai encore du mal à imaginer.
La prise de conscience : ce muscle mystérieux
Honnêtement, avant d'avoir ce ventre énorme, le périnée était pour moi un concept abstrait, un truc qu'on mentionne vaguement dans les cours de Pilates. C'est vers la mi-juin, en discutant avec d'autres futures mamans, que j'ai réalisé l'importance de la chose. La peur de l'épisiotomie ou des déchirures est devenue très concrète d'un coup. On se sent tellement vulnérable quand on commence à comprendre la réalité physique de l'accouchement. Je ne suis pas médecin, je n'ai aucune formation là-dedans, juste mes doutes et mes recherches nocturnes sur mon téléphone quand je n'arrive pas à dormir.
J'ai compris que le périnée n'est pas juste un muscle « là en bas », mais un ensemble complexe qui soutient nos organes. Et pendant l'accouchement, il subit une pression phénoménale. C'est là que j'ai commencé à m'intéresser à la préparation. Pas parce que je veux être la « parfaite élève » de la grossesse, mais parce que j'ai besoin de sentir que je fais quelque chose pour aider mon corps à traverser cette épreuve. C'est une façon pour moi de gérer l'anxiété qui monte avec le terme qui approche.

Le déclic du massage périnéal
Il y a environ trois semaines, j'ai vraiment sauté le pas. J'avais lu que le début recommandé du massage périnéal se situe autour de la 34ème semaine de grossesse. C'est le moment où les tissus sont censés être assez souples pour commencer à travailler, mais encore assez loin du terme pour ne pas déclencher de contractions inutiles (enfin, c'est ce qu'on m'a expliqué). L'idée, c'est de préparer la peau et les muscles à l'étirement ultime. Quand on sait que le diamètre moyen de la tête d'un nouveau-né à terme est d'environ 10 centimètres, on se dit qu'un peu d'entraînement ne peut pas faire de mal.
Ma première réaction a été : « Mais comment je vais faire ça toute seule ? ». C'est intimidant. On se retrouve face à des schémas anatomiques qui ressemblent à des cartes de géographie complexes. J'ai passé un mardi soir particulièrement lourd à chercher quelle huile utiliser. On conseille souvent des huiles naturelles sans parfum pour respecter la flore, car tout est si sensible en ce moment. J'ai opté pour de l'huile d'amande douce, toute simple.
Ma première tentative : entre maladresse et réalité
Je me souviens de ce premier soir. J'étais installée dans notre lit, les fenêtres grandes ouvertes pour essayer de capter un souffle d'air frais strasbourgeois. L'odeur de l'huile d'amande douce qui imprègne mes draps en lin un soir de canicule à Strasbourg, c'est devenu un souvenir sensoriel gravé. C'était étrange. Se masser soi-même à cet endroit, avec un ventre qui prend toute la place, c'est une gymnastique en soi. On se sent maladroite, un peu ridicule même.
Et puis, il y a eu cette sensation de brûlure légère et d'étirement, à la fois inconfortable et nécessaire, qui me fait réaliser l'effort à venir. Ce n'est pas forcément agréable au début. On sent que les tissus résistent. On m'avait conseillé une durée quotidienne conseillée pour le massage de 5 à 10 minutes. Au début, tenir trois minutes me paraissait une éternité. On apprend à respirer dedans, à ne pas se crisper. C'est là que j'ai réalisé que je ne connaissais pas vraiment mon propre corps, ou du moins, pas sous cet angle-là.

Le revers de la médaille : l'hypertonie
C'est là que je veux apporter une petite nuance, quelque chose que j'ai découvert en discutant plus longuement avec une professionnelle. On nous vend souvent le massage comme la solution miracle anti-déchirure, mais ce n'est pas toujours le cas. Pour certaines femmes, dont j'ai l'impression de faire partie par moments, le massage périnéal systématique n'est pas une solution miracle et pourrait même accroître les tensions chez certaines femmes souffrant d'hypertonie du plancher pelvien.
Si vous sentez que c'est vraiment trop douloureux, ou que cela crée une crispation mentale plus qu'une détente physique, il ne faut pas forcer. Parfois, mon périnée me semble comme une corde de violon trop tendue. Dans ces cas-là, je préfère arrêter et me concentrer sur des respirations profondes ou des étirements très doux pour le bassin. D'ailleurs, j'ai trouvé que soulager les maux de dos de la grossesse avec des étirements doux aidait aussi indirectement à relâcher toute la zone du bassin et donc le périnée. Tout est lié, après tout.
Un rituel pour apprivoiser l'inconnu
Depuis mon entrée dans le huitième mois, ce petit moment est devenu mon rituel du soir. Au-delà de l'aspect purement mécanique de l'assouplissement des tissus, c'est devenu une façon de reprendre le contrôle sur l'inconnu. Chaque soir, je prends ce temps pour me connecter à cette partie de moi qui va faire le plus gros du travail bientôt. C'est une préparation mentale autant que physique. On apprend à reconnaître la sensation de pression, celle qu'on ressentira le jour J, pour essayer de ne pas paniquer quand elle arrivera.
Je me dis souvent que si j'arrive à rester calme pendant ces quelques minutes de massage, j'arriverai peut-être à mieux gérer la poussée. C'est mon espoir secret. Bien sûr, je n'ai aucune certitude. Je sais que chaque accouchement est différent et que rien ne garantit que je n'aurai pas besoin de points de suture. Mais le simple fait de m'occuper de moi, de masser cette zone avec douceur, me donne l'impression d'être actrice de ma grossesse et non plus juste une spectatrice qui subit les changements de son corps.

Mes petits conseils de débutante
Si vous commencez aussi, soyez indulgente avec vous-même. Les premières fois sont bizarres. On ne trouve pas la bonne position, on a l'impression de ne rien faire correctement. Voici ce qui m'a aidée :
- Utilisez un miroir si besoin au début pour comprendre où vous agissez.
- Faites-le après une douche ou un bain chaud, quand les muscles sont déjà un peu détendus par la chaleur.
- Ne visez pas la performance. Si un soir vous n'avez pas l'énergie, ce n'est pas grave.
- Parlez-en à votre sage-femme. Elle saura vous dire si votre périnée est trop tonique pour ce genre d'exercice.
Je ne sais pas encore ce que l'avenir me réserve, ni si mes draps en lin finiront par ne plus sentir l'amande douce un jour. Mais pour l'instant, c'est ma petite bulle de préparation. Je me sens un peu plus prête, un peu moins dans le noir. C'est aussi important que de savoir comment on va s'organiser une fois que le bébé sera là. D'ailleurs, je commence déjà à réfléchir à la suite, car mes astuces pour s'organiser avant le retour à la maison avec un nouveau-né me rappellent qu'il y aura encore tant à apprendre après.

En attendant, je retourne à mon ballon de yoga. La cigogne a disparu derrière les toits de la cathédrale, et moi, je continue mon petit bonhomme de chemin vers la maternité, un massage à la fois. Si vous aussi vous vous sentez perdue dans toute cette préparation, sachez que vous n'êtes pas seule. On fait toutes de notre mieux avec ce qu'on découvre chaque semaine.